Orphée, le musicien à la lyre

Orphée et son épouse Eurydice

Orphée et son épouse Eurydice

Fils du roi Oenagre et de la muse Calliope, Orphée est considéré sans nul doute comme le poète et le musicien le plus remarquable de l’Antiquité. Sa légende l’est tout autant. Cette dernière débuta lorsque le jeune prodige prouva ses aptitudes précoces quant à la musique et à la poésie, à tel point qu’Apollon, le dieu de la lumière et de la musique, lui offrit une lyre spéciale, à sept cordes. Son éducation et sa connaissance des arts furent assurés par sa propre mère ainsi que par les huit sœurs de cette dernière : les Muses, filles de Zeus et de Mnémosyne, personnification de la Mémoire. Il est ainsi possible de mentionner dans l’ordre : Calliope, Clio, Euterpe, Thalia, Melpomène, Terpsichore, Erato, Polymnie et Uranie.

En tant que demi-dieu et instruit par les meilleurs, son talent devint très vite incomparable. Jamais on entendit une musique plus belle que celle qui s’élevait de la lyre d’Orphée. La légende prétendait que sa musique charmait les bêtes sauvages, et qu’il pouvait jouer des complaintes si poignantes que les pierres en pleuraient.

Orphée, membre des Argonautes

Orphée, membre des Argonautes

Ainsi, une fois jeune homme, Orphée prit part à un périple fort célèbre de la mythologie grecque : celui de la quête de la Toison d’Or menée par Jason et ses Argonautes. En effet, le fils de Calliope s’embarqua à bord du navire l’Argos pour la Colchide, de même qu’Hercule ou Castor et Pollux, et durant la périlleuse traversée, son aide fit pencher la balance en faveur des Argonautes. Il contrecarra les chants envoûtants des sirènes par le son cristallin de sa lyre. Il galvanisa les rameurs de l’Argos par sa musique tout le long de la traversée, et parvint à apaiser le dragon, gardien de la Toison d’Or, par ses mélodies.

La mort d'Eurydice

La mort d’Eurydice

Toutefois, le mythe d’Orphée s’avère être davantage connu de par la propre odyssée qu’il entreprit pour son seul et unique amour : Eurydice. Esprit de la forêt, Eurydice était une dryade que rencontra Orphée lors de son retour de Colchide. Ils se marièrent peu de temps après, mais leur bonheur fut hélas de courte durée. En effet, un jour, alors qu’elle était pourchassée par un prétendant du nom Aristée, Eurydice marcha malencontreusement sur un serpent venimeux. Le terrible animal lui mordit à la cheville et son poison terrassa la belle qui trépassa dans les bras de son époux.

Dévasté et anéanti par le chagrin, Orphée refusa cette horrible fatalité et décida d’entreprendre un voyage à l’issue on ne peut plus incertaine. C’est ainsi qu’il se présenta aux portes des Enfers dans le but de faire revenir sa belle du monde des morts. A l’instar de Thésée ou d’Ulysse, le fils de Calliope entra le royaume souterrain d’Erèbe et rencontra le sombre passeur Charon, celui qui devait faire traverser les âmes de l’autre côté du Styx.

Orphée jouant sa détresse à Hadès et Perséphone

Orphée jouant sa détresse à Hadès et Perséphone

Par la beauté déchirante de son ode, Orphée réussit à gagner l’accord du passeur et parvint sans encombre de l’autre côté. Par la suite, Cerbère, l’effroyable gardien des Enfers, fut endormi par la douce berceuse émanant de la lyre à sept cordes. De toutes les créatures monstrueuses des Enfers, Orphée sut s’en protéger par la puissance de sa musique inégalable. Il apaisa même l’espace de quelques instants les tourments des damnés. Il atteignit finalement les portes du palais d’Hadès et se présenta devant le roi d’Erèbe et son épouse, Perséphone, fille de Déméter.

Hadès demanda alors au poète la raison de sa venue. Pour toute réponse, Orphée composa une musique si émouvante et si mélancolique, comme un écho à sa propre douleur, qu’il arracha des larmes au dieu sans âme. Celui-ci, ému par le courage du jeune homme et la pureté de sa musique, autorisa Orphée à ramener Eurydice du monde des morts, à la seule condition que le poète ne regarde jamais celle-ci tant qu’ils ne seraient pas sortis d’Erèbe.

Le fantôme d'Eurydice disparut à jamais

Le fantôme d’Eurydice disparut à jamais

Courageusement, les jeunes époux remontèrent jusqu’à la lumière au bout d’un éreintant périple. Arrivé à la sortie des Enfers, non loin des rayons du Soleil, Orphée, méfiant envers la promesse d’Hadès, ne put s’empêcher de jeter un regard derrière lui afin de vérifier si Eurydice était toujours là.

Et c’est ainsi que l’aède perdit une nouvelle fois son épouse, et ce définitivement.

L’histoire d’Orphée s’acheva de bien triste manière : inconsolable, il parcourut le monde en ne cessant de prononcer le nom de sa bien-aimée pour finir ses jours dans un petit village de Grèce. Là, les femmes du village, jalouses d’un tel amour et rendues folles par la volonté d’Héra, écharpèrent et dévorèrent le poète. Les Muses, horrifiées de cette fin atroce, enterrèrent ses restes au pied du mont Olympe.

Ainsi mourut l’un des artistes les plus formidables de l’Antiquité.

La mort d'Orphée, le poète

La mort d’Orphée, le poète

Vishnou, le protecteur (2/2)

Vishnou, le dieu protecteur

Vishnou, le dieu protecteur

Suite au précédent article sur le sujet, nous avons dès lors pu voir que Vishnou, divinité hindoue illustrant la préservation du monde, n’intervenait dans le monde des mortels que sous la forme d’entités différentes, et ce uniquement lorsque l’équilibre des choses était en péril. Ces entités portent le nom d’avatars et sont au nombre de 10. Ainsi, suite à la description des cinq premiers dans l’article précédent, à savoir Matsya, Kurma, Varaha, Narasimha et Vamana, nous allons à présent détailler les cinq suivants.

Parashu-Rama, le guerrier à la hache

Parashu-Rama, le guerrier à la hache

Ainsi, le sixième avatar de Vishnou se nommait Parashu-Rama, aussi connu sous l’appellatif Rama à la hache. On le nomma ainsi, car il incarna la vengeance contre une injustice perpétrée par la caste princière, les ksatriyas. En effet, ces derniers par l’intermédiaire de leur roi, Kritaveerya, voulurent dérober la vache sacrée, Kamadhenu, à son propriétaire, le sage, ascète et ermite Jamadagni. La vache avait été un don d’Indra envers cet homme dont la sagesse était si grande. Le roi voulut que le sage la lui vendit, ce dernier refusa, un cadeau divin n’étant pas digne de basses et frauduleuses tractations mercantiles. Avide et offusqué, le roi ordonna à ses hommes de s’emparer du sage et de le jeter en prison jusqu’à ce qu’il décide de lui donner la vache.

Les enfants de Jamadagni, dont faisait partie l’avatar Parashu-Rama, entreprirent de délivrer leur père du joug du roi. Le Rama à la hache s’attaqua alors à la garde royale et les massacra les uns après les autres, puis il fit de même avec Kritaveerya. Il arriva hélas trop tard pour sauver son père, le terrible roi ayant décidé de le décapiter pour s’emparer de la vache d’abondance. Lorsqu’il découvrit le corps de son père, la légende raconte que Parashu-Rama fut à l’auteur d’une des plus sanglantes hécatombes dans les rangs de la caste princière. Il fit couler tant de sang qu’il en remplit cinq lacs entiers.

Rama-Chandra, l'archer

Rama-Chandra, l’archer

Le septième avatar, Rama-Chandra, l’archer héroïque, intervint afin de contrer les desseins du roi des démons, Ravana, qui ayant acquis l’invulnérabilité, voulut faire basculer l’ordre du monde. Les dieux ne parvinrent pas à l’arrêter, car il s’était protégé d’eux, tout comme il s’était immunisé des prières des prêtres. Cependant, dans son orgueil démesuré, Ravana omit de se préserver des humains. Vishnou décida alors d’incarner le fils du roi Dasaratha, roi juste et généreux, mais dépourvu d’héritier.

Ainsi naquit Rama-Chandra. Au cours de ses pérégrinations, le jeune prince rencontra la cour du roi Janaka, qui avait une fille du nom de Sita. Le roi ne souhaitait pas que sa fille soit mariée au premier venu. En effet, il souhaitait avoir pour gendre un homme digne d’elle. Aussi, il amena devant Rama-Chandra le légendaire arc de Shiva, si grand et si lourd que pas moins d’une centaine de personnes durent le porter. Le défi du roi était limpide : seul celui qui serait capable de soulever et de bander l’arc gigantesque aurait le privilège d’obtenir la main de Sita. L’avatar saisit l’arc et le tendit jusqu’à le rompre.

Rama-Chandra contre Ravana

Rama-Chandra contre Ravana

Ainsi, les épousailles de la princesse et du prince eurent lieu, mais l’avenir s’obscurcissait au-dessus du jeune couple. En effet, bien des années plus tard, Sita fut enlevée par le démon Ravana qui l’emporta dans sa forteresse imprenable et inaccessible. Faisant appel aux animaux de la forêt, Rama-Chandra pourchassa le démon, et sous ses ordres, un terrible siège s’ensuivit pour libérer la princesse.

La forteresse du roi-démon se dressait sur une île, hors de portée des hommes du prince. Rama-Chandra demanda la bénédiction des Dieux sur son carquois et les flèches qu’il contenait. Alors, il s’arma d’un arc, et le tendit si fort que sa flèche traversa l’étendue d’eau pour venir se ficher dans la poitrine de Ravana. Ainsi, mourut le démon et Sita parvint à rejoindre son époux.

Krishna, le séducteur

Krishna, le séducteur

Le huitième avatar est un des plus populaires et des plus connus de Vishnou : il portait le nom de Krishna, et son message était l’amour. Il était si beau que même les Sages voulaient le toucher. Espiègle et chapardeur, il n’hésitait pas à commettre quelques rapines sans conséquence. C’était le fils pourchassé d’un roi qui craignait que ses enfants renversent son trône. Aussi, il grandit comme berger. Il créa une flûte ensorceleuse dont les sonorités charmaient la plupart des femmes. C’est de sa naissance que débuta le calendrier hindou, et ses épopées dans la guerre contre les démons furent nombreuses.

Bouddha, l'Eveillé

Bouddha, l’Eveillé

Le neuvième avatar est tout aussi célèbre que Krishna, bien que leurs destinées furent totalement différentes. En effet, Vishnou voulut montrer aux hommes la puissance de la méditation et de la sagesse sous l’incarnation d’un homme : Bouddha ou l’Illuminé. L’histoire raconte qu’il serait né de Mayadevi, reine d’une caste guerrière. Très jeune, il prit épouse et eut de nombreuses autres conquêtes.

Ce n’est que bien plus tard que Bouddha rencontra par hasard et successivement un vieil homme, un moribond ainsi qu’un trépassé. Horrifié par le fragile fil que représentait la vie, il se fit ascète et décida d’arpenter le pays afin de prêcher la sagesse. Après des années, il parvint à atteindre l’Illumination, et devint le Bouddha. En ce qui le concerne, on le nomma aussi l’Éveillé, car sa sagesse réussit à l’extirper du sommeil de l’ignorance, débarrassé de tous les doutes, de tous les vices. Il fut porteur d’une paix infinie et prodigua sa philosophie à ses disciples jusqu’à sa mort.

Bouddha est spécial dans le sens où il est le dernier avatar sous lequel Vishnou se matérialisa dans le monde des hommes.

Il demeure néanmoins un dernier avatar : Kalki, la fin. Cette incarnation n’a pas encore eu lieu mais est inscrite dans les livres sacrés. Elle se produira lorsque l’âge de Bronze, à savoir notre âge, prendra fin. Alors, Vishnou juché sur son destrier blanc, Kalki, et brandissant une épée de flammes arrivera sur la Terre à l’instar d’une comète, et punira les âmes damnées et brisera les démons. Il mettra fin au monde tel que nous le connaissons, et de ses cendres fumantes s’élèvera un monde nouveau, qui inaugurera une nouvelle ère de paix.

Ainsi s’achève l’histoire des dix avatars de Vishnou, le protecteur.

Kalki, le cheval blanc du Jugement Dernier

Kalki, le cheval blanc du Jugement Dernier

Vishnou, le protecteur (1/2)

Vishnou, le protecteur de l'humanité

Vishnou, le protecteur de l’humanité

Vishnou, considéré comme une des plus grandes divinités de l’hindouisme, fait partie de la trinité fondamentale régissant le cosmos nommée « trimurti », composée également de Brahmâ et de Shiva. En effet, Brahmâ représente la création, tandis que Vishnou incarne la préservation et Shiva symbolise la destruction. Il s’agissait donc d’un dieu protecteur et empreint de bienveillance.

Ainsi, le rôle primordial de Vishnou était et demeure d’assurer le respect de l’équilibre du cosmos. Si jamais ce dernier était menacé, Vishnou se devait d’intervenir dans le monde des mortels. Cependant, comme il lui était impossible d’arpenter la Terre sous sa forme divine, Vishnou se réincarnait sous différentes enveloppes corporelles : les avatars. La légende prétend qu’il y en aurait 10, chacun relatant une histoire différente.

Matsya, le poisson qui protégea l'arche

Matsya, le poisson qui protégea l’arche

Ainsi, le premier était Matsya, le gigantesque poisson doré. Les versions sur cet épisode diffèrent, cependant l’histoire la plus célèbre relate l’acte de bonté du roi Manu envers un jeune poisson qui demanda protection au roi tant il était frêle et petit. Le roi Manu accepta, puis les années durant, le jeune poisson devint si grand qu’il fallut le plonger dans une mare, puis dans un lac pour devenir un poisson d’or géant : Matsya. Comme récompense de sa bonté, Matysa prévint le roi du déluge imminent qui allait survenir. Il demanda à Manu de construire un bateau capable de récupérer chaque espèce vivante sur Terre. Puis lorsque le déluge commença, Matysa conduisit l’arche en un endroit sûr, échappant ainsi à l’extinction de l’humanité.

Kurma, second avatar

Kurma, second avatar

Le deuxième avatar de Vishnou fut la tortue Kurma, si grande et si puissante qu’elle souleva le Mont Mandara, seul et unique endroit où étaient cachés les trésors de la Terre, ceux qui avaient échappé au déluge. Ces trésors furent essentiels afin que la vie et l’humanité puissent survivre dans ce monde anéanti. Mentionnons simplement le nectar d’immortalité, Amrita, le premier éléphant, Airavat, celui-là même qui devint la monture d’Indra, ainsi que la vache sacrée, nourrice des Dieux et des hommes.

Le sanglier Varaha

Le sanglier Varaha

L’apparition du troisième avatar survint lors de la mise en péril des terres émergées par le démon Hiranyaksha. En effet, ce dernier voulut précipiter la déesse de la Terre, Prithivi, au fond des océans. Vishnou s’incarna en un sanglier géant, Varaha, et combattit pendant mille ans Hiranyaksha, et ce inlassablement. Il parvint finalement à terrasser le démon, et à empêcher qu’une telle apocalypse ne se produise.

Narasimha, le redoutable

Narasimha, le redoutable

L’homme-lion, Narasimha, fut le quatrième avatar. Il faisait partie sans nul doute des plus féroces, car la raison de son existence fut justifiée par la menace que représentait le démon Hiranyakashipu, invulnérable et invincible. Nul homme ni animal ne pouvait le vaincre, ni le jour, ni la nuit. Telle était sa légende. Et c’est pourquoi Vishnou s’incarna en une créature à moitié humaine et à moitié lion. Narasimha attaqua alors le démon au crépuscule, à la frontière entre la lumière du soleil et l’obscurité. C’est ainsi qu’il parvint à vaincre le monstre.

Vamana, le nain

Vamana, le nain

Le cinquième avatar apparut dans un contexte assez particulier. L’univers était bien sombre, car le démon Bali était parvenu à s’emparer par la force de l’ensemble des trois mondes qui formaient le cosmos. Afin de les reconquérir, Vishnou usa de la ruse pour parvenir à ses fins. C’est ainsi qu’il s’incarna en paysan nain, du nom de Vamana. Ce dernier se présenta à Bali qui fêtait sa victoire, et lui demanda de lui accorder tout le territoire qu’il parviendrait à couvrir en 3 pas. Bali, d’humeur faste et contemplant la petitesse du nain, accepta de lui offrir ce privilège. C’est alors que Vamana devint un géant, et en trois pas, il parcourut les trois mondes. En punition, Bali fut jeté aux Enfers où il garde encore aujourd’hui les frontières.

L’histoire des 5 derniers avatars de Vishnou, à savoir Parashi-Rama, Rama-Chandra, Krishna, Bouddha, Kalki sera décrite dans l’article de la semaine prochaine.

A suivre …

Vishnou et ses 10 avatars

Vishnou et ses 10 avatars

Le Minotaure, l’effroi des innocents

Le Minotaure du Labyrinthe

Le Minotaure du Labyrinthe

Parmi les mythes les plus célèbres de la mythologie grecque, un des emblématiques demeure celui du célèbre monstre mi-homme mi-taureau qu’est le Minotaure. Son histoire et son ascendance remontaient au règne du roi de Crète Minos. Minos, fils de Zeus et de la princesse phénicienne Europe, régnait depuis son palais somptueux érigé dans la ville de Cnossos. Il avait pris pour épouse Pasiphaé, fille de Hélios, le Soleil, et eut plusieurs enfants dont notamment Ariane et Phèdre.

Le Labyrinthe de Dédale

Le Labyrinthe de Dédale

C’était un roi juste qui gouvernait avec la plus grande sagesse. Toutefois, il offensa Poséïdon, lorsqu’il voulut prouver à tous qu’il détenait l’aval des Dieux. En effet, le dieu de la Mer exauça son souhait en faisant surgir des marées d’écume un magnifique taureau blanc. Le roi de Crète commit alors l’erreur de conserver le sublime présent et de sacrifier à la place un autre taureau. Offensé par une telle insulte, Poséïdon se vengea en insufflant à sa femme une passion irrationnelle et dévorante pour ce même taureau blanc. De cette union, naquit un être de cauchemar : le Minotaure.

Aussi grand que deux hommes, être hybride à la tête de taureau et au corps d’humain, cette créature monstrueuse jeta son ombre malfaisante sur le règne du roi crétois. Horrifié par le fruit de cette relation « adultère », Minos consulta l’oracle de Delphes qui lui conseilla de construire une prison inviolable pour cette progéniture. Le roi de Crète fit appel alors à l’architecte et inventeur de génie Dédale, qui bâtit le Labyrinthe.

La pelote de fil que donna Ariane à Thésée

La pelote de fil que donna Ariane à Thésée

Afin de nourrir la terrible bête, Minos força les rois des autres provinces à lui apporter en tribut tous les neuf ans quatorze adolescents, sept garçons et sept filles, tous de sang noble. Ce fut notamment le cas du roi d’Athènes Egée, dont le fils se porta volontaire et ce dans le but de terrasser le monstre. Ce jeune héros s’appelait Thésée. Le roi Egée fit promettre à son fils de changer la couleur de la voile de son navire lors de son retour : noire si Thésée avait péri, blanche si le monstre avait été terrassé.

Arrivés à Cnossos, les jeunes sacrifiés furent présentés à Minos durant d’un somptueux festin. Lors de ce dernier, le jeune prince rencontra les deux filles du roi. Il tomba amoureux de Phèdre, mais cet amour, en premier lieu, ne fut pas réciproque. En revanche, le cœur d’Ariane s’embrasa pour Thésée, à tel point qu’elle voulut l’aider à échapper à la mort atroce qui l’attendait le lendemain. Pour ce faire, elle demanda conseil à Dédale qui lui proposa une solution. Elle donna ainsi au jeune prince une pelote de laine.

Le combat entre Thésée et le Minotaure

Le combat entre Thésée et le Minotaure

Le lendemain, les sacrifiés entrèrent dans le Labyrinthe, et Thésée en profita pour y attacher le bout de sa ficelle, et déroula ainsi le fil tout au long de son avancée. Un affrontement sanglant eut lieu dans les coursives du Labyrinthe entre le Minotaure et Thésée, qui parvint finalement à occire le monstre avec son épée. Ainsi périt l’ignoble progéniture de Pasiphaé. Grâce au fil d’Ariane, le jeune héros put retrouver son chemin vers la sortie, sans quoi, il aurait erré pendant des décennies dans ce méandre sans fin de couloirs.

Il quitta la Crète clandestinement en emportant dans sa fuite Ariane qui lui avait sauvé la vie. Cependant, cette histoire ne s’acheva guère sur une bonne note. En effet, durant le retour de Thésée en Grèce, celui-ci s’arrêta sur l’île de Naxos où il reprit la mer en abandonnant Ariane. Touché par cette injustice, le dieu vigneron, Dionysos, l’arracha à sa détresse en la prenant pour épouse. Par la suite, une fois roi, Thésée prit pour épouse Phèdre. Quand il revint de son périple, Thésée oublia d’ériger une voile blanche à son navire. Le roi Egée aperçut ainsi la voile noire du navire de son fils à l’horizon, et fou de chagrin, il se jeta dans la mer qui porte désormais son nom.

La chute d'Icare de Herbert James Draper

La chute d’Icare de Herbert James Draper

Quant à Minos, il enferma pour trahison Dédale et son fils Icare dans le Labyrinthe. L’inventeur eut alors l’idée d’échapper à son propre piège par la voie des airs. A l’aide de cire, lui et son fils se pourvurent d’un large plumage, qui leur permit de s’envoler, loin de la haine de Minos. Icare, enivré par cette plénitude, voulut voler plus haut et s’approcher au plus près du soleil. Hélas, la cire qui retenait ses plumes fondit sous la chaleur, et le jeune Icare tomba, tel un ange déchu. Le roi de Crète traqua Dédale pendant des années. Ce fut en Sicile, où il périt, plongé dans un bain bouillant. Il devint un des trois juges du tribunal des Enfers.

La légende prétend que le Labyrinthe existerait toujours, dissimulé sous les ruines actuelles du Palais de Cnossos.