En passant

Chapitre 28 du Loup de Bronze

Voici en avant-première un chapitre de mon premier tome, Le Loup de Bronze, de « Chasseurs de Ténèbres ».

Je ne peux qu’espérer que vous l’apprécierez, et je vous en souhaite bien évidemment une bonne lecture :

« La peur est tellement belle. Elle est aussi belle qu’une œuvre d’art selon moi. La peur pour sa vie est le summum, assurément. Elle balaye tellement d’émotions en un minimum de temps que j’en ai le souffle coupé devant ce paysage époustouflant. C’est pourquoi j’adore l’effroi, surtout quand j’en suis à l’origine. »

Renfe

Nous sommes le 9 septembre 1659, c’est la nuit. Dans un pittoresque et charmant village campagnard, une rivière s’insinue entre les diverses maisons séparant ledit village en deux. Dans une de ces maisons, un homme ne sait pas dormir. Pourtant, il est fort tard, mais Jérémy ne parvient pas à trouver le sommeil, car il est hanté, et même rongé par la tragédie qui s’est produite la veille. Tout en s’asseyant sur son lit de paille, il observe sa femme et ses deux enfants dormant du sommeil du juste. Le pauvre Jérémy est incapable de les imiter. Tout à coup, une pluie torrentielle s’abat sur le petit village, sortant Jérémy de sa rêverie. Les nuages noirs qu’on avait aperçus à l’horizon ce matin sont enfin arrivés. La pluie redouble, c’est un bel orage. Soudain, un éclair déchire le ciel, et illumine la pièce où dorment Jérémy et sa famille. Le tonnerre s’ensuit, rugissant et titanesque. Il se sent mal à l’aise, Jérémy, l’orage, pour une raison qu’il n’arrive pas à situer, l’angoisse. Ce n’est que lorsque que la foudre frappe de nouveau qu’il comprend que quelque chose ne tourne pas rond. Avec un bruit aussi assourdissant, sa femme, et surtout ses deux enfants, auraient dû se réveiller. Seulement voilà, ils dorment tous, toujours aussi paisiblement, même un peu trop en y réfléchissant. Tandis que cette pensée l’effleure, un nouvel éclair jaillit. L’ombre d’une personne passant devant la fenêtre obscurcit la pièce.
Quelqu’un ? A cette heure ? Par ce temps ? Etrange.
Suivant un très désagréable pressentiment, il se lève prestement et se dirige vers un coffret en bois grossièrement sculpté. Il l’ouvre, en sort un long pistolet à silex, et vérifie qu’il est bien chargé. Puis, il attend. La pluie bat toujours autant les carreaux, et les éclairs ne faiblissent pas. Soudain, malgré le bruit permanent de l’eau qui tombe, il lui semble discerner près de la porte qui est en face de lui, des bruits de pas. Il n’en est pas sûr, mais par prudence, il arme le percuteur. Tout à coup, saisi d’effroi, il entend le cliquetis du loquet qui se déverrouille de lui-même, et lentement voit la poignée de la porte tourner. Là, il a vraiment peur, mais il doit protéger sa famille. Il brandit son pistolet vers l’entrée. L’huis pivote alors doucement sur ses gonds. Au raz du sol, une sorte de brume épaisse s’infiltre par cette ouverture et s’insinue dans la pièce. Trois longs doigts ornés de griffes enfoncent ces dernières dans le bois de la porte. Jérémy est pétrifié, et il y a de quoi. La porte s’ouvre complètement. Dans le déluge de pluie, il distingue une vague forme, mais surtout une autre main non humaine avec trois doigts. Puis, la chose s’avance vers lui, progressivement. Ce que Jérémy voit alors, c’est quelque chose d’inimaginable et de cauchemardesque, de tellement horrible qu’on pourrait en mourir d’épouvante. La créature est courbée comme un vieillard sénile, elle relève la tête vers Jérémy. Le sang de celui-ci se glace dans ses veines, car ce qu’il aperçoit est une mâchoire proéminente pourvue de quatre longues canines, deux allant vers le haut, les deux autres vers le bas. Le reste du visage de la créature n’en n’est pas moins terrifiant. Une espèce de tissu noir est fixée sur ses yeux et son crâne. Jérémy comprend alors qu’elle est aveugle. Avec une lenteur singulière, le bête, ruisselante de pluie, entre dans la pièce. Jérémy est plus que terrorisé, il est figé comme un bloc de glace. Il voit soudainement la créature tourner sa tête monstrueuse vers les enfants toujours endormis.
– NON ! hurle-t-il.
La peur pour la vie de ses petits réussit à le sortir de sa paralysie. Il presse rageusement la détente de son pistolet vers le monstre. Un formidable coup de tonnerre retentit au même instant, et fait trembler la maison. Le coup de feu est englouti dans le retentissement de la foudre. La balle est partie, mais à la stupéfaction de Jérémy, la bête n’a pas bougé d’un millimètre, comme si elle n’avait rien reçu. Sa tête pivote vers le pauvre Jérémy terrifié. Tout à coup, elle se redresse, un éclair aveuglant l’illumine. Jérémy constate qu’elle mesure maintenant le double de lui. Elle se met alors à humer, et d’une voix sépulcrale, sortie tout droit d’un monde de ténèbres, elle dit :

– Je sens… Je sens la peur… Je sens l’effroi…
– Que voulez-vous ? réussit à articuler Jérémy.

La créature reprend, toujours en faisant de longues pauses :

– Je veux des renseignements… des informations…
– Sur quoi ? bredouille l’infortuné.
– Tu le sais… très bien, rétorque le monstre.

Oh oui, Jérémy sait pertinemment de quoi il s’agit maintenant. Il avait déjà commencé à s’en douter avec la mort de son vieil ami Méridor survenue la veille. On avait retrouvé le corps inerte du saint homme dans la rivière, noyé. Pourtant, tout le monde savait que c’était un très bon nageur. Lorsqu’on l’a repêché, Jérémy était sur les lieux, il a vu le visage de son ami. Une terreur indicible et épouvantable s’y était peinte. Ses yeux éteints continuaient toujours de fixer quelque chose, et on y lisait une peur inconcevable. Méridor avait vu l’horreur avant de mourir, mais il n’y avait sur son corps aucune trace de commotion, ou de blessure mortelle, rien. On aurait dit que sa vie lui avait été aspirée. Jérémy n’avait pu s’empêcher de frissonner à cette pensée. Or, le voilà devant ça, une créature sortie tout droit des tréfonds des Enfers. Le malheureux reprend le peu de courage qui lui reste, et lui lance avec peine :

– Je ne dirai rien.

La bête se met alors à grogner d’une étrange façon. En fait, elle rit.

– Le courage… n’a pas sa place ici… Je vais … t’en convaincre.

Elle lève une de ses mains à trois doigts vers l’épouse de Jérémy. Celle-ci commence alors à tousser bruyamment. Elle est toujours endormie. Sous les yeux horrifiés de Jérémy, sa peau se perle de sueur, des taches apparaissent sur son visage. Des taches rouge foncé. Elle devient blafarde. Levant son autre main vers les enfants, le même phénomène se produit. Jérémy sait ce que c’est : les symptômes du typhus.
Epouvanté, il se tourne vers la bête et la supplie :

– Arrêtez ! Je vous dirai tout, mais arrêtez par pitié !

La créature obtempère en baissant ses mains, puis elle dit, toujours en hachant ses phrases :

– Tu es plus… raisonnable que l’autre. Lui aussi savait… mais il n’a rien… voulu me dire. Ainsi, je l’ai puni. Il doit… regretter maintenant de s’être tu. Alors… où est le Seabird ?
– Sur l’île des Chasseurs de Ténèbres.
– Les quatre… y sont-ils aussi ?
– Oui.
– Quel est leur projet ?
– Je ne sais pas.

Un grondement sourd sort de la gorge du monstre, manifestant son mécontentement et son impatience. Le pauvre Jérémy s’empresse d’ajouter :

– Je ne sais pas ce qu’ils comptent faire, mais je sais qu’ils doivent se rendre au village de Willbarrow.

Tout à coup, le monstre projette sa main griffue vers Jérémy. Elle lui laboure les côtes et le saisit en le soulevant. La bête rapproche son effroyable museau du visage de Jérémy. Celui-ci sent son souffle putride et pestilentiel, et réprime péniblement un haut-le-cœur.

– Je sens… le mensonge. Dis-moi… la vérité, reprend la voix d’outre-tombe.

La créature commence à ouvrir dangereusement sa mâchoire renflée. Elle va le dévorer !

– Pitié ! Ils vont à Penhill ! lance Jérémy désespéré.

Elle arrête net son geste.

– Pen…hill, répète le monstre.

Il lâche Jérémy qui s’écroule de tout son long sur le sol. La bête commence à faire demi-tour, puis se retourne vers Jérémy. Au même instant, ses enfants et sa femme recommencent à suffoquer dans leur sommeil. La terrible maladie reprend le dessus, et quelques secondes plus tard, les enfants gémissent de douleur, sa femme délire en rêvant. Le malheureux Jérémy fixe la bête avec une haine impuissante empreinte de terreur. Celle-ci dit alors :

– Nous ne laissons… jamais de témoins.

Elle se rapproche de Jérémy anéanti, qui ressent déjà les premiers symptômes de la terrible maladie. Il sait que sa dernière heure est venue. Alors, avec les quelques forces qui lui restent, il se met à hurler terriblement fort pour tenter de réveiller tout le village. Cependant, la folle espérance de Jérémy meurt subitement, car au même instant, un puissant coup de tonnerre retentit, et masque totalement son cri. Jérémy n’a même plus la force de lutter contre son destin, et les trois griffes acérées s’abattent fatalement sur le visage de l’espion au service des Cercles de la Vie. Jérémy s’effondre, raide mort tandis que sa famille suit la bonne voie pour le rejoindre. La bête quitte la maison, laissant ces innocents mourir dans d’atroces souffrances, et s’enfonce dans la nuit.
A l’autre bout de ce village, un jeune homme mystérieux et inquiétant patiente dans une ruelle sous le déluge. La pluie goutte le long des bords de son large chapeau qui masquent totalement ses traits, quand bien même il aurait été impossible de les distinguer dans cette tourmente. Sa longue cape noire le protège également de l’averse torrentielle. Il attend, et est parfaitement immobile, bien qu’il ne peut s’empêcher de bouger ses doigts de fer de peur qu’ils ne se rouillent. Ses yeux rouges balayent les alentours. Il ne va plus tarder maintenant, se dit-il. Il aperçoit bientôt une ombre plus noire que la nuit elle-même s’approcher. Quelques minutes plus tard, le Thorme cauchemardesque se tient devant lui. Nullement impressionné par le monstre, il lui demande d’un ton autoritaire, comme un supérieur à son soldat :

– Alors ?
– Penhill, répond, avec sa voix lugubre, la créature.

Un rictus malfaisant apparaît sur le visage de l’inquiétant personnage.

– Parfait.

C’est alors qu’ensemble, ils s’engouffrent dans la nuit, et disparaissent sous le rideau de pluie.

Le lendemain, l’orage s’est apaisé, les nuages sont partis, un beau matin rend joyeux les habitants. Mais l’après-midi, quelques villageois commencent à se demander pourquoi ils n’ont pas encore vu Jérémy et sa famille. Inquiets, ils se rendent à la maison de ces derniers. Ils frappent à la porte en les appelant. Aucune réponse. Ils insistent et remarquent que celle-ci n’est pas verrouillée. Respectueusement, ils entrent, et découvrent Jérémy, allongé sur le sol, inerte. Ils n’arrivent pas à distinguer son visage. Ils s’aperçoivent alors que sa femme, et ses deux enfants sont là aussi, immobiles et apparemment sans vie. Soudain, l’un des hommes crie :

– Les taches rouges ! Regardez ! C’est le typhus !

Il sort comme si il est poursuivi par le diable en personne. Les autres ne tardent pas à en faire autant dans une panique confuse. Puis, peu de temps après, afin d’empêcher le risque d’épidémie, le conseil du village ordonne de brûler la maison avec les corps. C’est-ce qui est fait. Bientôt, la chaumière n’est plus qu’un tas de cendres et de poutres noircies. Dès lors, personne ne saura jamais ce qui est réellement arrivé au pauvre Jérémy et à sa famille.

Cet extrait vous a-t-il plu ? N’hésitez pas à laisser un commentaire 🙂

D’autres extraits sont également disponibles, tout comme l’achat du Loup de Bronze.

Lorsque l’horreur n’est pas qu’un simple mot (Extrait)

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