Scylla

Charybde et Scylla, l’éternel compromis

Scylla

Scylla, le monstre marin

Bien des légendes circulent sur le couple mythique Charybde et Scylla. D’aucuns en ont déjà entendu parler au moins une fois, non sans raison. En revanche, bien moins connaissent le passé de ces deux monstres terrifiants et invulnérables.

Si ces deux noms sont aussi connus, c’est notamment dû au fait qu’ils ont croisé la route d’un grand héros d’Homère lors de l’Odyssée de ce dernier : le non moins rusé Ulysse.

En effet, une fois la guerre de Troie achevée, les Dieux s’acharnèrent sur Ulysse, en particulier Poséïdon afin que son voyage de retour à son île d’Ithaque dure près de dix ans. C’est ainsi qu’Ulysse et son équipage furent obligés de traverser le détroit de Messine, celui qui sépare l’Italie de la Sicile.

Charybde, l'implacable

Charybde, l’implacable

Deux monstres gardaient l’entrée du chenal, près d’une des deux rives, était tapis un tourbillon géant, Charybde, qui demeurait inoffensive sauf trois fois dans la journée, où elle engloutissait inéluctablement la mer et la recrachait dans le détroit, ce dans un rugissement épouvantable. Comme le terrifiant phénomène pouvait se passer n’importe quand, la traversée par Charybde était extrêmement périlleuse, et pouvait s’avérer bien souvent fatale.

Jadis, Charybde était une belle jeune femme, fille de Gaïa, la Terre-Mère, et de Poséïdon. Un jour, elle eut la folie de manger un des bœufs du troupeau de Géryon qu’Hercule ramenait alors en guise de preuve de son dixième travail. Les bœufs roux, protégés sous la garde du géant à trois têtes Géryon, s’avéraient être la propriété des Dieux de l’Olympe tant ils étaient magnifiques. Pour ce sacrilège, Zeus la foudroya et la transforma en tourbillon pour l’éternité.

Scylla, l'impitoyable

Scylla, l’impitoyable

Sur l’autre rive, se tapissait l’antre d’un monstre aussi redoutable : Scylla. Encastrée dans un rocher qui surplombait cette partie du détroit, la créature s’apparentait à une sorte de serpent humanoïde, qui possédait six longs cous ornés chacun d’une tête de chien. Au lieu de simples pieds, elle avait à la place douze moignons. Sa voix effroyable faisait trembler les marins les plus hardis. Ulysse, lui-même, en fut terrifié, et voulut tirer au harpon sur la bête, sans succès, bien entendu.

L’histoire de Scylla émane aussi de la tragédie et de la perfidie. En effet, initialement, Scylla était une nymphe, célèbre pour sa grande beauté, et vivait parmi les Néréïdes.

Scylla et Glaucos de Bartholomeus Spranger

Scylla et Glaucos de Bartholomeus Spranger

Tout commença lorsque le dieu Glaucos tomba désespérément amoureux d’elle, et lui fit ses avances. Hélas, Glaucos, jadis ancien pêcheur, s’était terriblement enlaidi durant toutes ses années d’éternité sans qu’il s’en rende compte. Scylla refusa à plusieurs reprises, mais Glaucos s’entêta. Il fit appel à la magicienne Circée qui, jalouse de la beauté de Scylla, confia à un Glaucos crédule, un philtre qui accomplirait le miracle. Une fois que la potion fit effet, Scylla commença à prendre la hideuse apparence qu’on lui connaîtrait alors.

C’est ainsi qu’Ulysse se retrouva confronté à un grave dilemme, entre deux mauvaises solutions, mais n’ayant malgré tout pas le choix. Aussi, finit-il par emprunter la voie de Scylla, jugeant Charybde comme trop risquée. Il est à noter qu’il prit sa décision en connaissance de cause, car il savait pertinemment qu’il sacrifiait fatalement six de ses hommes en passant par Scylla, mais au moins, avait-il la certitude que la majorité de son équipage survivrait, au contraire de Charybde. En effet, en ce qui la concernait, c’était purement du quitte ou double : soit l’eau restait étale, soit le tourbillon les aspirait tous jusqu’au dernier.

De cette légende, l’expression « tomber de Charybde en Scylla » est restée jusqu’à nos jours, illustrant ce compromis entre deux alternatives, chacune aussi désastreuse que l’autre.

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Edgar Allan Poe (1809 - 1849)

Edgar Allan Poe, le Corbeau maudit

Edgar Allan Poe (1809 - 1849)

Edgar Allan Poe (1809 – 1849)

Un nom emblématique pour un des poètes du XIXème siècle qui aura marqué l’Histoire de l’Amérique, tant par ses œuvres que par sa vie constamment tourmentée.

Edgar Allan Poe est considéré comme l’un des précurseurs du Fantastique et du romantisme américain. Il balayait une grande partie des métiers de la littérature de l’époque : nouvelliste, critique littéraire, dramaturge, éditeur, et bien entendu romancier et poète. Il excellait par la nouveauté de son style dans bon nombre de genres, que ce soit de la satire aux contes en passant par le roman policier.

Personnage déchiré entre le génie et la tentation, Edgar Poe naquit le 19 janvier 1809 à Boston, fils d’un père alcoolique qui mourut peu de temps après, et d’une mère vedette d’une troupe de théâtre ambulant, qui succomba prématurément de la tuberculose à l’âge de 24 ans.

Frances Allan, la mère adoptive d'Edgar

Frances Allan, la mère adoptive d’Edgar

Orphelin, ainsi que son frère William Henry et sa sœur Rosalie qui souffrait de handicap mental, Edgar fut recueilli par le cercle d’amies proche de sa mère qui composait le gratin de la bourgeoisie de Richmond. Il avait alors trois ans. Les trois enfants des Poe furent ainsi répartis dans trois familles différentes. Ce fut Frances Allan, la femme d’un riche négociant, John Allan, établi à Richmond, qui prit sous son aile le jeune Edgar, et qui l’aima comme son propre fils jusqu’à sa mort.

C’est ainsi que le patronyme d’Allan fut ajouté à son nom : Edgar Allan Poe. Il vécut une enfance paisible, bénéficiant d’une solide éducation, il présentait déjà les signes précoces d’un esprit peu commun. Les difficultés commencèrent lorsqu’il rentra en 1826 à l’Université de Virginie, édifiée par Thomas Jefferson. Le coût onéreux de cette nouvelle vie quotidienne apporta déjà les prémices des difficultés financières qui le minèrent tout au long de sa vie. En effet, il dut contracter de nombreuses dettes dans cette institution qui regroupait les élèves les plus fortunés de l’Etat.

John Allan, le riche marchand de Richmond

John Allan, le riche marchand de Richmond

Fatalement, les dissensions qui existaient déjà entre le père adoptif et le fils s’envenimèrent davantage suite à ces frasques de jeunesse. A tel point que John Allan refusa le retour d’Edgar à l’Université. Le contexte familial s’assombrit de jour en jour jusqu’à atteindre son paroxysme, lorsqu’une nuit de l’année 1827, ulcéré par les reproches de John Allan, Edgar Poe quitta définitivement le domicile de Richmond.

Il s’installa à Boston où il tenta de faire éditer les poèmes qu’il avait déjà couchés sur le papier. Il apprit rapidement à ses dépens que le monde de l’édition formait un cercle très fermé, à l’instar des lobbies actuels, où quelques grands « requins » ajustaient le diapason. Il comprit bien vite qu’il ne pourrait survivre en premier lieu de sa plume, et s’engagea dans l’armée où il débuta même l’école prestigieuse et bien connue de West Point, celle dont sortaient tous les officiers militaires.

Néanmoins, au bout d’un certain temps, Edgar se lassa de sa vie de soldat, bien trop rigide pour un homme avec une personnalité pareille, et décida finalement d’abandonner ses études pour repartir d’un nouveau pied sur les terrains escarpés de la littérature à Baltimore. Commence alors une période de pauvreté et de misère pour Edgar, qui eut une fois de plus l’amère expérience que « la plume ne nourrissait pas son homme ». Les démons qui avaient terrassé son père commencèrent à prendre leur emprise sur lui, mais bien moins que son frère, William Henry, qui mourut peu de temps après d’un delirium tremens. Sa protectrice de toujours, Frances Allan, succomba également durant cette même période. Edgar en fut profondément affecté et la considéra jusqu’à son dernier souffle comme sa seule et unique mère.

Peu de temps après, Edgar Allan Poe devint journaliste et chroniqueur littéraire, exaltant une critique aussi acerbe que véhémente face aux écrits privilégiés des « requins ». Il s’avère être l’auteur d’environ huit cents articles durant toute sa carrière, et se fait rapidement un nom à Baltimore.

Virginia Clemm, la femme d'Edgar

Virginia Clemm, la femme d’Edgar

En 1836, il épousa Virginia Clemm, fille de Maria Clemm, sa tante, qu’il connaissait de longue date et vivait même avec eux depuis sa fuite de Richmond. Nul doute qu’il s’agisse d’un mariage dans le sens le plus noble du terme bien que Virginia n’ait alors que 13 ans. On raconte qu’ils s’aimèrent jusqu’à la fin.

Bien que sans le sou, tous ceux qui rencontrèrent Edgar en personne ne purent dénier le charisme énigmatique que dégageait ce personnage longtemps incompris. Une de ces personnes témoignera d’ailleurs en le qualifiait de « poète jusqu’au bout des ongles ».

Il connaîtra l’amertume par le manque de succès de son roman Les Aventures d’Arthur Gordon Pym, mais sera néanmoins remarqué par ses contes, satiriques au départ pour s’engageaient vers le fantastique et le gothique. Il tenta de monter sa propre revue à deux reprises, mais n’y parvint pas, toujours à cause de sa situation pécuniaire délicate.

Le Corbeau

Le Corbeau

Le 28 janvier 1845, installé depuis quelque temps à New York, Edgar Poe publia le poème reconnu Le Corbeau comportant son « Nevermore » qui suscitèrent un enthousiasme et un succès exceptionnels, qui lui valurent la consécration qu’il méritait depuis tant d’années de lutte. Il écrivit également la célèbre enquête policière Double assassinat de la Rue Morgue avec son personnage le chevalier Auguste Dupin, ainsi qu’une autre enquête : le Scarabée d’Or. Il perdit malheureusement au fil de l’eau cette réputation qui s’amoindrit jusqu’à disparaître.

Le 30 janvier 1847, Virginia Poe, âgée à peine de 24 ans, succomba des suites d’une longue maladie.

S’ensuivit une descente aux Enfers pour le poète, qui tomba gravement malade et eut malgré tout le temps d’écrire son grand projet : Eureka.

Le célèbre daguerréotype de l’écrivain avait été fait à cette époque par la demande totalement fortuite d’un admirateur. Sur cette photo, anéanti par la perte de Virginia, malade et affaibli, il lui restait un an à vivre.

Edgar Poe, brisé et affaibli

Edgar Poe, brisé et affaibli

C’est ainsi que le 3 octobre 1849, à Baltimore, on le retrouva moribond dans le caniveau d’une rue sale, près d’un bureau de vote.

Pourquoi ? Le mystère demeure jusqu’à aujourd’hui, bien que bon nombre de spéculations ont été émises.
Que faisait-il à cet endroit ? Là encore, nul ne le sait.

Quoiqu’il en soit, le 9 octobre 1849, un des plus grands génies de son temps s’éteignit dans le dénuement et l’indigence la plus totale, officiellement d’une « congestion cérébrale ». Il avait 40 ans.

On ne sut pas qu’il s’agissait du grand poète. Aussi, sa tombe ne porta pas de nom.

Même après sa mort, il fut l’objet de stigmatisations de ses vieux ennemis qui accentuèrent sa dépendance à l’alcool et souillèrent sa mémoire pendant près de quarante ans. Malgré tout, il bouleversa par sa virtuosité les poètes européens de l’ère romantique en particulier Baudelaire ou Mallarmé. Ce ne fut que bien longtemps après sa mort que son talent fut reconnu par tous.

On érigea une nouvelle tombe sur laquelle on grava sa fameuse épitaphe Jamais plus !

Jamais Plus !

Jamais Plus !

Sherlock Holmes

Sherlock Holmes, la logique personnifiée

Sherlock Holmes

Sherlock Holmes

Qui ?
Qui donc, je vous pose la question, n’a jamais entendu parler du détective britannique le plus célèbre de la littérature policière ?

Le 221B Baker Street

Le 221B Baker Street

Incontournable pilier de la rationalité, ce personnage était si extraordinaire et si atypique à la fois que des centaines de londoniens croyaient dur comme fer qu’il existait réellement, et lui envoyaient d’ailleurs un nombre incalculable de lettres à son domicile, le 221B Baker Street, non loin de Regent’s Park dans un Londres victorien de la fin du XIXème siècle.

Sir Arthur Conan Doyle

Sir Arthur Conan Doyle

Derrière cette légende, il y avait un auteur de génie : Sir Arthur Ignatius Conan Doyle. Fils de Charles et Mary Doyle, il naquit en 1859 en Ecosse. Son père sombrera par la suite dans l’alcool, si bien qu’il sera ensuite interné à cause de ses crises incessantes jusqu’à sa mort.

Adulte, Arthur Conan Doyle poursuivit ses études dans la médecine à l’université d’Edimburg. D’aucuns prétendent que c’est en ce lieu qu’il rencontra pour la première fois le véritable Sherlock Holmes : le Dr Joseph Bell. En effet, ce sympathique professeur exhortait ses étudiants à affiner leur diagnostic en se basant sur la position sociale ou la personnalité de leurs patients. De ce fait, ce docteur fut sans nul doute un modèle pour le jeune Doyle de par son acuité dans l’observation et de par la logique de ses déductions.

Joseph Bell, le véritable Sherlock Holmes

le Dr Joseph Bell, le véritable Sherlock Holmes

Une fois ses études achevées, Doyle bourlingua de part et autre afin de subvenir aux besoins de sa famille, avant de finalement établir un cabinet et se poser. Il épousa Louise Hawkins, et son fils perpétuera le personnage de son père par une série de nouvelles intitulée Les Exploits de Sherlock Holmes.

Oscar Wilde

Oscar Wilde

En outre, il entretint une solide relation amicale avec un auteur tout aussi remarquable mais bien plus controversé : le non moins célèbre Oscar Wilde, dont il s’inspira volontiers afin de concevoir le personnage de Mycroft Holmes, le frère de Sherlock, qui apparaîtra dans plusieurs enquêtes comme celle de l’Interprète Grec notamment.

C’est ainsi qu’en 1887 que parut le premier ouvrage relatant cette personnification du raisonnement scientifique : Une étude en rouge, où l’on assiste à la naissance d’une profonde et ineffable amitié entre le Dr John Watson et Sherlock Holmes, détective privé de son état.

Accompagné de son inséparable ami et biographe, Sherlock Holmes parvint à résoudre des affaires qui nécessitaient une nouvelle approche d’investigation : bien plus rationnelle, quasiment scientifique. Il s’appuyait constamment sur les faits que sont les détails, à priori insignifiants, afin de poser les bases de ses déductions, et ce avec une précision chirurgicale.

Les multiples aventures de Sherlock Holmes

Les multiples aventures de Sherlock Holmes

Adepte de chimie, il était capable de reconnaître les cendres de n’importe quel cigare, et se référait aux empreintes de pas afin de connaître la taille et le poids de son propriétaire. Son talent pour le déguisement lui fut utile en maintes occasions, ainsi que ses aptitudes en boxe. Fervent adepte des œuvres musicales germaniques, il jouait du violon pour mieux se livrer à ses introspections.

Publiée au fur et à mesure dans le magazine Le Strand, ses faits d’armes furent nombreux tous aussi palpitants les uns que les autres. Certains marquèrent malgré tout les esprits plus que d’autres, mentionnons simplement : un Scandale en Bohème, le Chien des Baskerville, la Ligue des Rouquins, la Bande Mouchetée, les Hommes Dansants et bien entendu le Problème Final.

En effet, ce dernier ouvrage fit intervenir un des autres archétypes qui marqua la littérature à jamais. Il s’agissait d’un ennemi formidable, à la hauteur du grand détective, un adversaire redoutable et machiavélique : le professeur James Moriarty. Holmes le décrira ainsi : « Il est le Napoléon du crime, Watson, l’organisateur de la moitié des méfaits commis à Londres, et de presque tous ceux qui ne sont même pas découverts. »

Sherlock Holmes contre James Moriarty

Sherlock Holmes contre James Moriarty

Disposant d’un solide réseau d’agents, Moriarty concevait, planifiait et faisait exécuter ses directives tandis qu’au même moment, il faisait part de ses enseignements à de jeunes étudiants en mathématiques. Une lutte âpre et sans concession eut lieu entre les deux hommes. Holmes fut forcé de quitter l’Angleterre et de se réfugier en Suisse. Cela ne suffit néanmoins pas, car le Professeur le retrouva au pied des chutes du Reichenbach. C’est un public horrifié qui apprit l’issue de cette terrible rencontre : les deux hommes avaient disparu, probablement tombés dans les chutes.

C’est en 1893 qu’une Angleterre consternée accueillit la fin de leur héros national. Doyle fut l’objet de nombreuses lettres l’exhortant à reprendre les aventures du détective. Il fut parfois même le sujet de menaces à son égard. Ce n’est que bien des années plus tard, sur la principale insistance de sa mère, que Doyle ressuscita le célèbre détective dans une nouvelle série de nouvelles, qui s’acheva par Le Dernier Coup d’Archet.

Sherlock Holmes, héros réel ou imaginaire ?

Sherlock Holmes, héros réel ou imaginaire ?

La renommée de Sherlock Holmes est telle qu’il est considéré comme l’un des personnages de fiction les plus interprétés dans les films, au même titre que le détective belge d’Agatha Christie, l’incomparable Hercule Poirot, outrepassant les autres détectives antérieurs ou postérieurs : que ce soit le chevalier Auguste Dupin d’Edgar Allan Poe, le commissaire Maigret de Georges Simenon, ou encore Rouletabille de Gaston Leroux.

Les aventures de Sherlock Holmes ont d’ailleurs été traduites dans une soixantaine de langues différentes jusqu’à nos jours.

C’est ainsi qu’un héros, né de l’esprit, fut à ce point tangible et réel qu’il força son créateur à le faire revivre, et qu’il devint ainsi immortel.

Voilà un bien étrange paradoxe pour un auteur, vous ne trouvez pas ?

La logique implacable de Sherlock Holmes

La logique implacable de Sherlock Holmes