Viracocha, le seigneur des larmes

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Viracocha, le Dieu Soleil

Entité primordiale du panthéon inca, Viracocha était considéré par son peuple comme le roi suprême des Dieux. Moins connu que son confrère toltèque Quetzalcoatl, sa légende n’en demeure pas moins une des plus grandioses. Au début de tout, il créa le Ciel et la Terre, ainsi qu’une première ébauche des hommes. Ces derniers le déçurent, et à l’instar de Yahvé, il provoqua un immense déluge qui noya ses créations.

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Statuette en or massif de Viracocha

Il est amusant de remarquer à quel point certains événements s’avèrent communs à travers les civilisations et leurs mythes en dépit de leurs distances. En effet, le Déluge est bien évidemment mentionné dans la Bible avec la célèbre arche de Noé. On le retrouve néanmoins dans d’autres histoires encore plus anciennes. Le roi sumérien Gilgamesh rencontra lui aussi un survivant du déluge.

Dès lors, ainsi que la légende l’explique d’elle-même :

« Avant Viracocha, le monde était sombre. »

Cependant, Viracocha était un Dieu créateur, un héros qui croyait à l’humanité et d’un point de vue plus général, à un ordre du monde possible. Il est écrit qu’il émergea du lac Titicaca (grand lac de la cordillère des Andes, situé à la frontière entre la Bolivie et le Pérou). Il conçut le Soleil à qui il ordonna de se lever derrière une grande saillie rocheuse noire comme de l’obsidienne. Il créa ensuite la Lune, puis le jour ainsi que les étoiles. En apparente contradiction avec sa grandeur, les textes sacrés le décrivent souvent sous sa forme humaine comme un vieux mendiant à la longue barbe, vêtu de haillons et de guenilles.

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Le Lac Titicaca, un des plus grands d’Amérique du Sud

De la pierre, Viracocha façonna les hommes, à l’instar du titan Prométhée. La légende prétend qu’il pleura constamment lorsqu’il leur insuffla la vie. De ses yeux tombèrent la pluie, qui rafraîchit la vie des vallées. Si le parallèle avec le christianisme est notable, Viracocha détenait, malgré son état de Dieu universel, quelque chose de terriblement humain : la compassion.

En effet, le dieu pleura, il pleura pour les hommes, car il connaissait pertinemment l’ampleur de la souffrance future de ses créations dans ce monde hostile et gouverné par le chaos. Ainsi, en pleine connaissance de cause, Viracocha consentit à la naissance de l’Existence afin d’établir un ordre de l’univers, mais il ne put s’empêcher de plaindre ses enfants pour l’avenir qui les attendait.

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Viracocha, le dieu Créateur

Une fois les humains créés, le dieu Soleil leur offrit les lois primordiales qu’ils se devaient de respecter afin de conserver l’équilibre de la société inca.

Après avoir été convaincu qu’il avait offert tous les moyens possibles à l’être humain afin qu’il puisse assurer sa survie, Viracocha se dirigea vers l’océan Pacifique, promit aux hommes qu’il reviendrait et s’enfonça dans les marées d’écume.

On ne le revit plus jamais. Il laissa ainsi le destin des hommes entre leurs mains.

Toutefois, une question intéressante à propos de ce dieu peut être soulevée : derrière la légende se cache-t-il réellement un homme ?

En vérité, oui et non.

Non dans la mesure où il s’agit d’une des divinités les plus anciennes de la cosmogonie des Incas. En revanche, le nom de Viracocha nous est bien plus contemporain, car il s’agit également d’un empereur Inca qui vécut au XVème siècle. Celui-ci s’appelait au départ Hatu Tupac. Il prit le nom de son ascendant divin lointain afin de lui rendre hommage et de se représenter lui-même comme un être transformateur.

Viracocha est célèbre dans l’Histoire, car il fut le premier à fonder une unité Inca sur l’ensemble du territoire de l’empire et de ses peuples soumis.

On attribue l’année de sa mort à l’an 1438.

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Hatu Tupac, dit Viracocha, huitième souverain inca

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Méduse, le cauchemar éternel

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Méduse, l’abomination des Hommes

Parmi les créatures de cauchemars qui ont peuplé la mythologie grecque, une des plus célèbres demeure sans conteste la terrifiante gorgone du nom de Méduse.
Monstre terrible, son nom est souvent associé à un autre, celui qui parvint à la terrasser : le preux héros Persée. Le début de cette légende remonte à bien longtemps, lorsque Méduse était encore une belle jeune femme, aimée de tous, des Dieux comme des hommes.

Malheureusement, elle fit preuve d’hubris en clamant haut et fort que sa beauté était plus grande que celle de la déesse Athéna. Celle-ci, folle de rage, métamorphosa l’insolente en commençant par ses magnifiques cheveux qui devinrent des vipères, son corps se pourvut d’écailles, et quiconque croiserait son regard jadis inoubliable serait immédiatement pétrifié en pierre.

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La punition d’Athéna

Horrifiée par son apparence, Méduse éprouva alors une haine sans pareille envers les hommes, progénitures des Dieux. Elle rejoignit ses deux sœurs, Sthéno et Euryale, toutes deux immortelles, aux confins de l’Orient, au pays des Hespérides.

La sinistre trinité sema la terreur et la désolation pendant des décennies. Il n’est guère surprenant de comprendre pourquoi. Les descriptions diffèrent, mais certains points s’avèrent récurrents : on racontait qu’elles étaient dotées d’ailes, de mains de bronze et d’un corps de serpent.

L’histoire de Persée est plus complexe. Fils de Zeus et de la princesse Danaé, sa naissance résonnait en écho avec un destin qui impliquait directement Acrisios, le père de Danaé. En effet, le roi Acrisios avait reçu la sombre prophétie suivante : « Tu n’auras pas de fils et ton petit-fils te tuera. »

Terrifié par cette prédiction, le roi enferma sa fille dans une grande tour, gardée par de féroces sentinelles. Zeus parvint à rejoindre la belle Danaé en se transformant en une pluie d’or. Lorsque Acrisios l’apprit, il n’osa pas occire de sa propre main sa descendance et enferma sa fille et son petit-fils, Persée, dans un coffre scellé qu’il jeta dans l’océan.

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Danaé et son fils, sauvés par un pêcheur

La mère et l’enfant furent sauvés in extremis par un pécheur, qui les plaça sous l’asile de son roi Polydectès. Le fils devint grand, et protégea sa mère des avances de plus en plus prononcées de Polydectès. Celui-ci, afin de se débarrasser de Persée, lui ordonna de tuer Méduse, et de ramener une preuve de son exploit. Le fils de Zeus fut aidé des autres dieux dans sa quête, qui lui apportèrent chacun un objet magique. C’est ainsi qu’Athéna lui offrit un bouclier lisse comme un miroir, qu’Hermès lui donna une serpe tranchante, des sandales ailées, le casque d’invisibilité d’Hadès et un sac de cuir magique. La déesse de la Sagesse conseilla au demi-dieu de se renseigner auprès des Grées quant à la manière de tuer la Gorgone et d’en ressortir vivant.

Les Grées font certainement partie des créatures les plus laides de la mythologie. Il s’agissait de trois sœurs qui étaient venues au monde vieilles : Enyo, Dino et Pemphrèdo. Elles n’avaient qu’un œil qu’elles se partageaient à tour de rôle. En revanche, elles connaissaient toutes les réponses. En vérité, leur monstruosité était à la mesure de leur omniscience. Persée les força à lui révéler ce qu’elles savaient en les privant de leur œil unique.

Elles lui révélèrent que le bouclier lisse comme un miroir lui permettrait de voir le reflet de Méduse sans en être pétrifié. Il suivit leur conseil et alla à la rencontre des trois gorgones. Devant l’antre, il jucha le casque d’invisibilité qui lui permit de passer inaperçu et de les approcher suffisamment près. Le bouclier permit au jeune héros d’éviter le regard mortel de Méduse. A l’aide de la serpe, il trancha la tête de l’horrible gorgone et la cacha immédiatement dans le sac.

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Andromède, livrée au monstre marin

Sur la route du retour, Persée rencontra la jeune Andromède, qui était attachée à un rocher, livrée en sacrifice à un monstre marin. Persée utilisa la tête de la gorgone pour pétrifier le monstre et ensemble, ils allèrent devant Polydectès et ses vassaux. Le roi, furieux que son beau-fils soit revenu vivant, ordonna à ses sbires de s’en débarrasser. Persée montra alors la preuve de son exploit en dévoilant la tête de Méduse à ses assaillants. Le roi et ses sujets se changèrent alors en pierre.

Une fois n’est pas coutume : l’histoire de ce grand héros se conclut sur une note heureuse. Le fils de Zeus régna le restant de sa vie sur le royaume de Polydectès, avec pour épouse la belle Andromède et pour conseillère sa mère Danaé.

Ainsi vécut Méduse, maudite par les Dieux et son grand ennemi Persée, le pourfendeur de Gorgones.

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Persée tenant la tête de Méduse