Le Sphinx ou l’énigme éternelle

Sphinx

Le Sphinx, le Dévoreur des Âmes

Célèbre dans le monde entier pour sa prépondérance dans la civilisation égyptienne, le Sphinx est une créature du bestiaire fantastique qui, étonnement, appartient à plusieurs mythologies. En effet, si l’histoire de ce monstre à tête et à poitrine de femme, aux pattes de lion et aux ailes d’aigle nous est parvenue, c’est également par le rôle qu’il a joué dans la destinée d’Oedipe. Initialement, pour les Grecs, le Sphinx était une créature issue de l’union cauchemardesque d’Echidna et de Typhon. Cette malédiction fut envoyée par les Dieux pour punir les citoyens de la ville de Thèbes, qui ne les avaient pas honorés avec suffisamment de ferveur.

Par ailleurs, la ville de Thèbes, non loin de la Béotie, revêtait d’une importance symbolique conséquente dans la Grèce Antique. Elle fut l’objet de nombreux récits comme sa création par Cadmos, de son roi Oedipe bien sûr ou encore de la déchirante bataille de succession dont elle fut l’objet, celle qu’Eschyle nomma les Sept contre Thèbes.

Oedipe et le Sphinx

Oedipe et le Sphinx, peinture de Gustave Moreau

Cela étant, bien avant l’accession au trône du roi maudit, le Sphinx sema la mort aux alentours de la cité jusqu’à ce que cette dernière se retrouve assiégée par le Sphinx. La légende raconte que le seul accès à la ville de Thèbes passait par un défilé gardé par le terrible animal. Quiconque osait le franchir devait d’abord répondre à l’énigme de la créature. Bien des braves tentèrent leur chance mais aucun ne sut donner la bonne réponse. Aucun à part Oedipe. Ce voyageur rencontra l’impitoyable monstre qui lui soumit le défi suivant :

« Quel est l’être qui marche sur quatre pattes au matin, sur deux à midi, et sur trois le soir ? »

Oedipe rétorqua simplement : L’homme, car il se tient à quatre pattes à l’aube de son existence, sur deux dans la force de l’âge et sur trois au crépuscule de sa vie, car il s’aide d’une canne. Vexé que ce jeune inconnu puisse résoudre cette énigme si aisément, le Sphinx lui proposa un autre mystère en ces termes :

« Nous sommes frère et sœur. Le premier engendre la seconde et la seconde engendre le premier. Qui sommes-nous ? »

Cette fois, Oedipe répondit : Le jour et la nuit. Vaincu, le Sphinx se suicida en se jetant dans la mer. Oedipe put ainsi entrer dans la cité en héros et accéda au trône de Thèbes, épousant Jocaste, qui s’avéra être par la suite sa propre mère, mais cela, c’est une autre histoire…

Sphinx de Gizeh

Le Sphinx de Gizeh

Du point de la vue de la mythologie égyptienne, si le Sphinx est aussi présent dans les vestiges qu’il nous reste de cette époque, cela s’explique par son symbolisme. A la différence de son homonyme grec, le Sphinx égyptien n’est pas pourvu d’ailes et à la tête d’un homme. Il est défini comme un lion androcéphale et gardien des portes du monde des défunts. C’est d’ailleurs une des raisons pour laquelle le grand Sphinx de Gizeh se trouve à proximité de la pyramide du même nom. Outre son aspect protecteur, le Sphinx incarne la puissance du pharaon, c’est pourquoi il porte ses attributs par sa coiffe et parfois par sa barbe.

Pour l’anecdote, le nez manquant si célèbre de ce Sphinx de 73 mètres serait l’oeuvre de Mohammed Sa’im al-Dahr qui le détruisit en 1378 car cette immense statue représentait une dévotion païenne insupportable pour ce fanatique. Cela ne lui porta pas bonheur car il fut pendu pour son vandalisme.

Sphinx

Le mystère du Sphinx, Musée du Louvre, Paris, France

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Osiris, le roi de la renaissance

Osiris, le dieu des morts

Osiris, le dieu des morts

Laissez-moi vous conter une histoire, une des histoires les plus célèbres de l’Egypte ancienne, l’Egypte de la Vallée des Rois. Cette histoire relate la légende du roi des Dieux Osiris, fils de Nout, mère de tous les astres, et de Geb, dieu de la Terre.

Seth, dieu du désert

Seth, dieu du désert

Le dieu Osiris devint le premier pharaon à régner sur la terre d’Egypte, et régna durant de longues années aux côtés de sa sœur et épouse, Isis, la Grande Magicienne. De ce pouvoir absolu, son propre frère, le maléfique Seth, dieu du chaos et de la désolation. En effet, tandis qu’Osiris était le maître des terres fertiles, Seth, lui, s’était vu octroyer le contrôle des terres désertiques d’Egypte. Le dieu en éprouva une rancune tenace et voulut assouvir sa vengeance en assassinant son frère.

Pour cela, il profita de la rentrée victorieuse d’Osiris suite à ses dernières conquêtes. Au beau milieu du festin organisé pour l’occasion, Seth fit amener un grand et magnifique coffre de bois qu’il avait fait fabriquer à la taille d’Osiris. Il proposa à l’assemblée d’offrir ce superbe présent à celui qui parviendrait à s’y tenir.

Isis, la Grande Magicienne

Isis, la Grande Magicienne

C’est ainsi qu’Osiris, une fois que tous les autres conviés avaient essayé, se plaça à son tour à l’intérieur du coffre, et celui-ci lui convint parfaitement. Le dieu maudit, à l’aide de ses 72 acolytes, referma le couvercle et emprisonna sa victime en scellant le coffre. Ils le jetèrent par la suite dans le Nil, où Osiris périt, noyé. C’est ainsi que le premier sarcophage fit son apparition dans la civilisation égyptienne.

Isis, folle de douleur, partit à la recherche du corps de son époux. Elle parvint à retrouver le coffre échoué sur les berges de la Phénicie, et ramener son défunt époux en Egypte dans un lieu secret, loin de la haine de Seth, et entreprit le processus de résurrection.

Horus, le dieu Vengeur

Horus, le dieu Vengeur

Hélas, celui-ci le découvrit lors d’une partie de chasse et fit tout son possible afin d’empêcher l’objectif tant souhaité. La légende raconte que Seth découpa son frère en 14 morceaux, qui furent éparpillés aux quatre coins du pays.

Face à ce désastre, Isis ne se découragea pas et se mit à la recherche des endroits secrets de Seth dans lesquels demeuraient les précieuses reliques. Sa quête dura des décennies. A la suite de quoi, secondée d’Anubis et de son fils Horus, le dieu Vengeur, Isis réalisa le premier embaumement de l’Histoire de l’Egypte, et parvint à ressusciter son mari et lui insuffla le souffle de la vie en battant de ses ailes de milan.

Osiris devint alors le roi du monde des morts et depuis ce temps, c’est à lui que revient la charge de donner la sentence du défunt face à sa confrontation avec la balance de l’âme lors du Jugement Dernier. Seul l’accord d’Osiris permettait au défunt d’accéder aux champs d’Ialou et de reposer en paix.

La résurrection d'Osiris

La résurrection d’Osiris

Sekhmet, la vengeresse

Sekhmet, la puissante

Sekhmet, la vengeresse

Sekhmet, la vengeresse

Déesse de la mythologie égyptienne, Sekhmet était considérée comme une des divinités les plus craintes par le peuple des pharaons, au même titre que le maléfique Seth.

Statuette de Sekhmet retrouvée dans le tombeau de Toutânkhamon

Statuette de Sekhmet retrouvée dans le tombeau de Toutânkhamon

Terrible et impitoyable, Sekhmet apparut bientôt comme la déesse de la Guerre. C’est d’ailleurs en lien direct avec sa férocité que les Egyptiens la représentèrent en tant que femme à tête de lion, couronnée d’un disque solaire. Ce qui s’explique notamment lorsque l’on sait qu’elle était fille du Dieu Soleil, Râ.

La rage de Sekhmet

La rage de Sekhmet

Son histoire et sa terrible réputation remontent à l’époque où Râ, empreint d’une colère brûlante envers les hommes qui avaient eu l’audace de se rebeller et de remettre en cause l’autorité divine. Afin de mater l’insurrection, Râ décida de lâcher sa fille sur les terres d’Egypte sous sa forme la plus sanguinaire. A l’instar de la peste, Sekhmet, accompagnée de légions de féroces génies, parcourut les plaines désertiques et sema la mort avec son arc redoutable. De sa gueule, les puissants vents du désert s’en échappèrent, desséchant les cultures, de son disque solaire, des rayons incandescents brûlèrent ceux qui s’étaient opposés aux Dieux et au pharaon.

Néanmoins, emportée par sa frénésie sanglante, la déesse à la tête de lionne sombra rapidement dans un massacre aveugle. De ses griffes luisantes de sang, beaucoup d’êtres humains tombèrent, femmes comme hommes, vieillards comme enfants, coupables comme innocents.

Comprenant que la folie de sa fille réduirait à néant le peuple d’Egypte, Rê voulut revenir sur sa décision et stopper l’hécatombe avant qu’il ne soit trop tard, car il ne voulait pas anéantir l’humanité.

Sekhmet, fille de Râ

Sekhmet, fille de Râ

Toutefois, Sekhmet, « la Puissante », était devenue purement et simplement incontrôlable, comme un mal destructeur que l’on ne pouvait arrêter. Râ eut alors l’idée d’apaiser la soif guerrière de Sekhmet en lui faisant boire un élixir spécial. Il mélangea alors l’antidote avec le jus rouge des grenades qu’il déposa dans une jarre aux côtés de la déesse endormie. Au lever du Soleil, celle-ci s’éveilla et aperçut la jarre. Le jus de grenade ressemblant à s’y méprendre à la teinte écarlate du sang, Sekhmet but avidement le breuvage afin d’étancher sa soif.

L’élixir de Râ fit son oeuvre, et les pulsions meurtrières de la déesse à la tête de lionne s’émoussèrent jusqu’à ce qu’elle redevienne la douce Bastet. L’humanité échappa ainsi à son annihilation totale, toutefois l’intervention de la déesse Lionne dans le monde des mortels avait engendré un fléau qui perdurait pour l’éternité, et qui n’était autre que la Mort.

Anubis, le prince des trépassés

Anubis, le nocher des trépassés

Anubis, le prince des trépassés

Anubis, le prince des trépassés

Parmi les Dieux de l’ancienne Egypte du temps des pharaons, un des plus respectés et craints n’était d’autre que le fameux seigneur des nécropoles : Anubis.

Anubis fait partie, à l’instar de ses semblables, des divinités qui sont demeurées, encore aujourd’hui, connues de la plupart des contemporains. Ceci peut notamment s’expliquer par la fascination que ce personnage mythique peut inspirer que ce soit par son apparence effrayante que par le rôle macabre qui lui est réservé.

Anubis, l'homme à la tête de chacal

Anubis, l’homme à la tête de chacal

En effet, Anubis est un immortel au corps d’homme et à la tête de chacal ou de chien noir. Ce constat est, somme toute, assez logique lorsque l’on sait que le nom d’Anubis n’est que la traduction en grec du véritable nom du Dieu : Anpou, qui signifie littéralement « Chien Noir ». L’origine de cette appellation est d’ailleurs assez méconnue. Elle se base sur le même principe que pour Sobek, le Dieu crocodile, pour qui les Egyptiens lui avaient attribué la puissance de l’eau ainsi que sa fertilité, car les alligators pullulaient sur les berges du Nil.

Les Egyptiens avaient également remarqué que les chacals et autres charognards étaient légions dans les nécropoles, déterrant les morts. Pour se prémunir des effets dévastateurs de cet animal, ils décidèrent de le déifier. C’est ainsi que naquit Anpou, au passé aussi énigmatique que le personnage. Les sources se contredisent quant à son ascendance divine, bien que l’on lui attribue généralement Néphtys, déesse protectrice des morts, pour mère et Osiris, souverain de l’au-delà, pour père.

Anubis, le gardien des morts

Anubis, le gardien des morts

Anubis, l’Ouvreur de Chemin, est un psychopompe, à l’instar du funeste Charon des Grecs, c’est-à-dire un guide qui accompagnait les défunts jusqu’aux portes du royaume des morts. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle on le surnommait le Premier des Occidentaux, car à l’époque, l’Occident et son inconnu incarnaient le pays des trépassés, car c’était à l’Ouest que le Soleil mourrait derrière l’horizon.

Précurseur du dernier passage, Anubis est également considéré comme le maître de l’embaumement du défunt, permettant à ce dernier son ascension vers le ciel. Toutefois, la route est longue, car avant le Paradis, l’âme du trépassé atteignait d’abord l’Amenti, la demeure des morts. Anubis conviait ensuite le défunt à prendre place sur une barge funéraire, qui descendait lentement le fleuve de l’Enfer, dont les berges regorgeaient de monstres et d’horreurs sans nom. Même le serpent du chaos, Apophis, pouvait parfois attaquer le navire, et Anubis s’efforçait de garantir la sécurité de son passager, au prix d’amers combats. Une fois arrivé à destination, Anubis amenait le défunt dans l’antichambre du Jugement Dernier, devant la balance de la Vérité sous le regard inquisiteur d’Osiris. Le cœur du trépassé était alors déposé dans le premier plateau de la balance et dans l’autre la plume de Maat.

Anubis et la Balance de Maat

Anubis et la Balance de Maat

Si le cœur s’avérait plus léger que la plume, alors Osiris lui ouvrait les portes de l’éternité. Dans le cas contraire, l’âme du défunt était jetée en pâture à la « Dévoreuse » afin de punir ses pêchés.

Il n’est dès lors guère étonnant de constater l’engouement qu’Anubis a pu susciter au cours des siècles tant par sa nature trouble que sa fonction protectrice.

Anubis, protecteur éternel des défunts

Anubis, protecteur éternel des défunts

Le légendaire Dragon

Le Dragon, l’immortel parmi les immortels

Le légendaire Dragon

Le légendaire Dragon

Si une créature mythologique a bien échappé aux ravages des siècles et à l’oubli de l’Histoire, c’est bien le dragon.

Monstre fabuleux présent dans la quasi-totalité des civilisations, il est source de centaines d’interprétations possibles de par le monde. Malfaisant en Occident, bienfaiteur en Orient, il est propre à chaque culture tout en étant universel, le symbole même du paradoxe.

Aux origines on retrouve la présence de ces animaux stupéfiants, caractérisés déjà à l’époque par leur aspect protecteur et gardien de trésor.

Jason terrassant le dragon de la Toison d'Or

Jason terrassant le dragon de la Toison d’Or

Sans pour autant posséder d’ailes comme leurs confrères médiévaux, les dragons grecs s’assimilent à de très grands serpents à la peau écailleuse, terrorisant au-delà des mots les rares qui les approchaient. Parmi nombre d’entre eux, on retrouve Ladon, le gardien de l’arbre aux pommes d’or du jardin des Hespérides, qui possédait cent têtes, chacune parlant une langue différente. Il y eut également l’Hydre de Lerne, terrassé par le même héros : Hercule. Moins connu, il est possible de mentionner le dragon de Colchide, protecteur de la toison d’Or, que Jason parvint à occire, tout comme le dragon que Cadmos dut vaincre pour protéger la ville de Thèbes.

Ses allusions à ces serpents frappés de gigantisme reviennent également dans d’autres civilisations, antérieures ou postérieures, comme chez les Égyptiens avec Apophis, ou encore dans le christianisme avec le Léviathan.

Saint Georges contre le Dragon (Rubens)

Saint Georges contre le Dragon (Rubens)

Néanmoins, l’épisode, certainement le plus marquant, dans la religion chrétienne faisant référence au dragon concerne le combat entre Saint Georges contre le Dragon, au symbolisme très important, prônant notamment la force de la lumière contre l’obscurité du Mal.

Par ailleurs, la mythologie nordique comprend aussi un certain nombre de légendes sur les dragons, à l’instar de Fafnir, ou encore de Nidhögg, considérant ces créatures comme maléfiques et destructrices. En effet, une vieille légende nordique indique que la fin du monde, le « Ragnarok », débutera avec le réveil du monstrueux Nidhögg et du terrible Fenrir.

Le Dragon Celte

Le Dragon Celte

Pour les romains et les celtes, la cruauté du dragon laissait place à la férocité et au courage dont cet animal faisait preuve lors de ses combats. Le père du légendaire roi Arthur, Uther Pendragon, en avait fait d’ailleurs son propre blason, « Pendragon » signifiant « fils de dragon ».

Le dragon Occidental, cracheur de feu et désolateur

Le dragon Occidental, cracheur de feu et désolateur

C’est au Moyen-Age que le dragon, tel qu’il est connu de nos jours, fit son apparition, accompagné de sa sinistre réputation. En effet, rapidement assimilé au Malin, le dragon déploya ses ailes démesurées comme une ombre sur le continent, déjà plongé dans un profond obscurantisme. Calcinant tout de son souffle brûlant, il devint l’ennemi le plus redoutable à combattre parmi les monstres mythologiques de l’époque. De nombreuses gargouilles conçues à cette époque ont ainsi représenté la terreur qu’il inspirait.

Il est amusant de constater que l’honneur attribué au dragon du côté du continent asiatique diffère totalement de cette terreur à son égard. Le dragon chinois, notamment, vénéré pour sa sagesse et son courage représentait les armoiries de l’empereur.

Le Dragon Asiatique

Le Dragon Asiatique

Au long corps sinueux, le dragon chinois symbolisait un esprit de la nature, et était à la base rallié à la terre, qu’il arpentait de ses pattes griffues, avant de s’élever par la suite dans les cieux, accédant aux savoirs éternels.

Fléau pour certains, sage pour les autres, son omniprésence est de celles qui rendent perplexes. Quoiqu’il en soit, son aura de mystère en fait une des créatures mythologiques les plus connues à travers le monde.

Bien plus proche de nous, la littérature de la Fantasy actuelle regorge de ces animaux fabuleux, dont les histoires sont d’ailleurs devenues des best-sellers incontournables.

Citons entre autres :

– La Saga Eragon avec la dragonne aux écailles bleutées Saphira de Christopher Paolini.
Chroniques du Monde Émergé avec Nihal de la Terre du Vent et son dragon de Licia Troisi.
Harry Potter et la Coupe de feu lors de son combat dans l’arène, de J.K Rowling.
Bilbo le Hobbit avec Smaug le désolateur de J.J.R Tolkien.

Et bien d’autres !

Saphira, la dragonne bleue

Saphira, la dragonne bleue

La désolation de Smaug

La désolation de Smaug