Dante Alighieri par Sandro Botticelli

Dante, le rédempteur d’outre-tombe

Dante Alighieri par Sandro Botticelli

Dante Alighieri par Sandro Botticelli

Difficile d’estimer l’impact culturel qu’aura eu ce poète florentin du XIVème siècle sur le reste du monde durant les siècles qui suivirent. Botticelli, Balzac, Milton, Wagner, Boccace, Puccini, Tchaïkovski ne sont que quelques noms parmi la multitude d’artistes et d’écrivains que le travail de Dante transcenda.

En effet, Dante Alighieri, écrivain, poète et également homme politique, est l’auteur de nombreuses oeuvres, mais aucune d’entre elles n’aura connu le succès le plus emblématique de sa trilogie phare : La Divine Comédie.

Né au Moyen-Âge, en l’an de grâce 1265, Dante vit le jour dans la ville qu’il adorera durant toute sa vie : Florence. Fils de la petite noblesse de la cité, il perdit sa mère, Bella Degli Abati, à l’âge de 13 ans et son père, Alighiero di Bellincione, quatre ans plus tard.

Néanmoins, bien nombreux sont ceux qui considèrent que le tournant décisif qui permit au garçon qu’il était alors de concevoir son chef d’oeuvre à venir fut sa rencontre avec Béatrice, à l’âge de 9 ans.

Béatrice

Béatrice

Muse parmi les Muses de la littérature, Béatrice, fille de Folco Portinari, fut le seul grand et impérissable amour de Dante. Personnage phare qui fut à l’origine de la Divine Comédie, on la retrouva d’ailleurs dans le Paradiso. Le point capital est de préciser que cet amour s’avérait hélas impossible, la belle Béatrice étant déjà mariée à un autre. Le désarroi de Dante atteint son paroxysme lorsqu’elle mourut durant son vingt-cinquième printemps. Dans un tel contexte, il est aisé de comprendre l’extraordinaire enthousiasme qu’a suscité son oeuvre au temps des Romantiques du XIXème siècle.

D’autant plus lorsque l’on sait que Dante, suite à des pressions politiques, fut obligé de quitter sa Florence natale pour s’exiler à Ravenne où il mourut en 1321, à l’âge de 56 ans. Jamais il ne revit sa cité.

Les Portes de l'Enfer

Les Portes de l’Enfer

Recueil de trois poèmes épiques qui se succèdent, la Divine Comédie est composée respectivement de l’Enfer, du Purgatoire et du Paradis. Un titre d’ailleurs curieux à première vue pour cette trilogie, mais il faut l’entendre dans le sens d’une fin forcément heureuse. Néanmoins, c’est le recueil le plus sombre des trois qui atteint le firmament : Inferno. Ce poème est devenu incontournable dans la fascination de l’Enfer. A la frontière entre différentes références mythiques, Dante allie d’une main de maître les mythes des Grecs aux légendes chrétiennes avec une inspiration musulmane troublante.

Ainsi, tout débute par Dante, personnage principal, qui se rend compte de la déchéance prochaine de l’humanité, à commencer par la sienne. Aussi, à travers sa propre rédemption, il compte bien montrer à ses semblables le chemin du Salut, et que l’espoir demeure, en dépit de toute la méchanceté et la haine qui règnent en ce bas-monde. C’est pourquoi Dante entre courageusement en Enfer, avec comme guide, le poète Virgile. Les deux hommes franchissent l’Achéron, sur la barque de l’ombrageux Charon et découvrent les Neufs Cercles concentriques d’Inferno.

Les Neufs Cercles d'Inferno

Les Neufs Cercles d’Inferno

En effet, tel un gigantesque tourbillon, chaque cercle s’enfonce davantage dans les entrailles de la Terre, chaque niveau accentue la gravité de la faute et l’horreur du châtiment, et c’est Minos, le juge des Enfers, qui se charge de juger les damnés. Parmi ces cercles, on y retrouve les sept péchés capitaux : les luxueux sont condamnés à être balayés par des vents incessants, les gourmands à être dépecés par Cerbère sous une pluie noire et glacée, les avares à rouler d’énormes rochers, et les coléreux à croupir dans des marais stagnants…

Dans les derniers cercles, on retrouve les hérétiques ensevelis dans des tombes brûlantes, les conquérants ébouillantés dans un fleuve de sang (comme Attila ou Alexandre le Grand), les suicidés changés en arbre, les séducteurs, et enfin, dans le neuvième et dernier cercle, se trouvent les traîtres, notamment Judas, pris dans un lac gelé où trône Lucifer.

Le Purgatoire

Le Purgatoire

Dans un tableau aussi apocalyptique, il est difficile de s’étonner qu’à l’époque les rangs des pieux ont décuplé en peu de temps. Néanmoins, l’Enfer n’est pas forcément la voie inéluctable qui attendent tous les êtres humains. C’est notamment le cas de Dante qui, après avoir visité les neufs Cercles, n’est pas condamné à l’un d’entre eux, car il est jugé ni « tout à fait bon », ni « tout à fait mauvais ».

C’est ainsi que s’introduit le Purgatorio, le deuxième recueil. En effet, le Purgatoire de Dante est une montagne à sept corniches. Ainsi, le pénitent suit la voie de la rédemption en gravissant chacune de ces corniches, avec son lot de châtiments pour chacune, afin d’atteindre la plus haute : celle du Paradis, la voie que Dante et Virgile emprunteront, et qui les mènera à la belle Béatrice.

Indéniablement, Dante Alighieri a façonné l’image de l’au-delà en tant que précurseur par sa vision unique et terrifiante. L’adjectif, d’ailleurs, « dantesque » fait, depuis ce temps, partie de la langue française. Dante demeura, en outre, une des sources d’inspirations les plus prolifiques de l’Histoire.

La légende raconte qu’il cacha son oeuvre toute sa vie dans un compartiment secret de sa chambre, et qu’il mourut avant d’avoir pu révéler sa cachette. On prétend que, trois jours plus tard, il revint en rêve, tandis que son fils dormait, et qu’il lui désigna le fameux endroit.

Le lendemain, le fils Alighieri retrouva effectivement le manuscrit de la Divine Comédie.

Remarque :

  • Actuellement, l’auteur du Da Vinci Code, Dan Brown, a rendu hommage à ce grand homme par la dernière enquête de son professeur favori, Robert Langdon, dans son ouvrage Inferno.
Vers de la Divine Comédie

Vers de la Divine Comédie

Publicités
Edgar Allan Poe (1809 - 1849)

Edgar Allan Poe, le Corbeau maudit

Edgar Allan Poe (1809 - 1849)

Edgar Allan Poe (1809 – 1849)

Un nom emblématique pour un des poètes du XIXème siècle qui aura marqué l’Histoire de l’Amérique, tant par ses œuvres que par sa vie constamment tourmentée.

Edgar Allan Poe est considéré comme l’un des précurseurs du Fantastique et du romantisme américain. Il balayait une grande partie des métiers de la littérature de l’époque : nouvelliste, critique littéraire, dramaturge, éditeur, et bien entendu romancier et poète. Il excellait par la nouveauté de son style dans bon nombre de genres, que ce soit de la satire aux contes en passant par le roman policier.

Personnage déchiré entre le génie et la tentation, Edgar Poe naquit le 19 janvier 1809 à Boston, fils d’un père alcoolique qui mourut peu de temps après, et d’une mère vedette d’une troupe de théâtre ambulant, qui succomba prématurément de la tuberculose à l’âge de 24 ans.

Frances Allan, la mère adoptive d'Edgar

Frances Allan, la mère adoptive d’Edgar

Orphelin, ainsi que son frère William Henry et sa sœur Rosalie qui souffrait de handicap mental, Edgar fut recueilli par le cercle d’amies proche de sa mère qui composait le gratin de la bourgeoisie de Richmond. Il avait alors trois ans. Les trois enfants des Poe furent ainsi répartis dans trois familles différentes. Ce fut Frances Allan, la femme d’un riche négociant, John Allan, établi à Richmond, qui prit sous son aile le jeune Edgar, et qui l’aima comme son propre fils jusqu’à sa mort.

C’est ainsi que le patronyme d’Allan fut ajouté à son nom : Edgar Allan Poe. Il vécut une enfance paisible, bénéficiant d’une solide éducation, il présentait déjà les signes précoces d’un esprit peu commun. Les difficultés commencèrent lorsqu’il rentra en 1826 à l’Université de Virginie, édifiée par Thomas Jefferson. Le coût onéreux de cette nouvelle vie quotidienne apporta déjà les prémices des difficultés financières qui le minèrent tout au long de sa vie. En effet, il dut contracter de nombreuses dettes dans cette institution qui regroupait les élèves les plus fortunés de l’Etat.

John Allan, le riche marchand de Richmond

John Allan, le riche marchand de Richmond

Fatalement, les dissensions qui existaient déjà entre le père adoptif et le fils s’envenimèrent davantage suite à ces frasques de jeunesse. A tel point que John Allan refusa le retour d’Edgar à l’Université. Le contexte familial s’assombrit de jour en jour jusqu’à atteindre son paroxysme, lorsqu’une nuit de l’année 1827, ulcéré par les reproches de John Allan, Edgar Poe quitta définitivement le domicile de Richmond.

Il s’installa à Boston où il tenta de faire éditer les poèmes qu’il avait déjà couchés sur le papier. Il apprit rapidement à ses dépens que le monde de l’édition formait un cercle très fermé, à l’instar des lobbies actuels, où quelques grands « requins » ajustaient le diapason. Il comprit bien vite qu’il ne pourrait survivre en premier lieu de sa plume, et s’engagea dans l’armée où il débuta même l’école prestigieuse et bien connue de West Point, celle dont sortaient tous les officiers militaires.

Néanmoins, au bout d’un certain temps, Edgar se lassa de sa vie de soldat, bien trop rigide pour un homme avec une personnalité pareille, et décida finalement d’abandonner ses études pour repartir d’un nouveau pied sur les terrains escarpés de la littérature à Baltimore. Commence alors une période de pauvreté et de misère pour Edgar, qui eut une fois de plus l’amère expérience que « la plume ne nourrissait pas son homme ». Les démons qui avaient terrassé son père commencèrent à prendre leur emprise sur lui, mais bien moins que son frère, William Henry, qui mourut peu de temps après d’un delirium tremens. Sa protectrice de toujours, Frances Allan, succomba également durant cette même période. Edgar en fut profondément affecté et la considéra jusqu’à son dernier souffle comme sa seule et unique mère.

Peu de temps après, Edgar Allan Poe devint journaliste et chroniqueur littéraire, exaltant une critique aussi acerbe que véhémente face aux écrits privilégiés des « requins ». Il s’avère être l’auteur d’environ huit cents articles durant toute sa carrière, et se fait rapidement un nom à Baltimore.

Virginia Clemm, la femme d'Edgar

Virginia Clemm, la femme d’Edgar

En 1836, il épousa Virginia Clemm, fille de Maria Clemm, sa tante, qu’il connaissait de longue date et vivait même avec eux depuis sa fuite de Richmond. Nul doute qu’il s’agisse d’un mariage dans le sens le plus noble du terme bien que Virginia n’ait alors que 13 ans. On raconte qu’ils s’aimèrent jusqu’à la fin.

Bien que sans le sou, tous ceux qui rencontrèrent Edgar en personne ne purent dénier le charisme énigmatique que dégageait ce personnage longtemps incompris. Une de ces personnes témoignera d’ailleurs en le qualifiait de « poète jusqu’au bout des ongles ».

Il connaîtra l’amertume par le manque de succès de son roman Les Aventures d’Arthur Gordon Pym, mais sera néanmoins remarqué par ses contes, satiriques au départ pour s’engageaient vers le fantastique et le gothique. Il tenta de monter sa propre revue à deux reprises, mais n’y parvint pas, toujours à cause de sa situation pécuniaire délicate.

Le Corbeau

Le Corbeau

Le 28 janvier 1845, installé depuis quelque temps à New York, Edgar Poe publia le poème reconnu Le Corbeau comportant son « Nevermore » qui suscitèrent un enthousiasme et un succès exceptionnels, qui lui valurent la consécration qu’il méritait depuis tant d’années de lutte. Il écrivit également la célèbre enquête policière Double assassinat de la Rue Morgue avec son personnage le chevalier Auguste Dupin, ainsi qu’une autre enquête : le Scarabée d’Or. Il perdit malheureusement au fil de l’eau cette réputation qui s’amoindrit jusqu’à disparaître.

Le 30 janvier 1847, Virginia Poe, âgée à peine de 24 ans, succomba des suites d’une longue maladie.

S’ensuivit une descente aux Enfers pour le poète, qui tomba gravement malade et eut malgré tout le temps d’écrire son grand projet : Eureka.

Le célèbre daguerréotype de l’écrivain avait été fait à cette époque par la demande totalement fortuite d’un admirateur. Sur cette photo, anéanti par la perte de Virginia, malade et affaibli, il lui restait un an à vivre.

Edgar Poe, brisé et affaibli

Edgar Poe, brisé et affaibli

C’est ainsi que le 3 octobre 1849, à Baltimore, on le retrouva moribond dans le caniveau d’une rue sale, près d’un bureau de vote.

Pourquoi ? Le mystère demeure jusqu’à aujourd’hui, bien que bon nombre de spéculations ont été émises.
Que faisait-il à cet endroit ? Là encore, nul ne le sait.

Quoiqu’il en soit, le 9 octobre 1849, un des plus grands génies de son temps s’éteignit dans le dénuement et l’indigence la plus totale, officiellement d’une « congestion cérébrale ». Il avait 40 ans.

On ne sut pas qu’il s’agissait du grand poète. Aussi, sa tombe ne porta pas de nom.

Même après sa mort, il fut l’objet de stigmatisations de ses vieux ennemis qui accentuèrent sa dépendance à l’alcool et souillèrent sa mémoire pendant près de quarante ans. Malgré tout, il bouleversa par sa virtuosité les poètes européens de l’ère romantique en particulier Baudelaire ou Mallarmé. Ce ne fut que bien longtemps après sa mort que son talent fut reconnu par tous.

On érigea une nouvelle tombe sur laquelle on grava sa fameuse épitaphe Jamais plus !

Jamais Plus !

Jamais Plus !